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Témoignage d’Alice Corniou : découvrez la place du genre dans les actions de Santé Sud !

En tant que référente technique genre et violences basées sur le genre chez Santé Sud, Alice Corniou a joué un rôle central dans le développement de la stratégie genre de Santé Sud, déployée depuis 2024. Aujourd’hui, elle revient pour nous sur son parcours et sur l’origine et les objectifs de cette stratégie.

Plongez dans cette interview pour découvrir les enjeux d’intégration du genre dans nos actions !

Pouvez-vous vous présenter ?

Je m’appelle Alice Corniou, je suis référente technique genre et violences basées sur le genre chez Santé Sud, en tant que consultante indépendante.

 

Quel est votre parcours ?

Après mes études en management et en développement, j’ai d’abord travaillé dans différentes ONG, en Inde, en Ethiopie, au Soudan et au Congo, surtout sur les questions d’accès aux droits humains.

Au fil du temps, à mesure que je travaillais sur les thématiques de développement, j’ai pris conscience de la place centrale qu’occupent les femmes dans les familles et les communautés. Elles jouent notamment un rôle dans toutes les questions d’accès aux droits : dans l’éducation, dans l’accès à l’eau et aux soins ou dans la gestion de la famille. J’ai constaté en parallèle l’omniprésence des violences envers les femmes et les filles, qui peuvent entraver le développement de communautés entières. Je me suis donc spécialisée sur la lutte contre les violences basées sur le genre et sur les droits des femmes, plus particulièrement en zones de conflits. Dans ce cadre, j’ai travaillé en République Centrafricaine, au Nigéria, en Turquie à la frontière avec la Syrie, dans des contextes de conflits ou de déplacements.

Après une quinzaine d’années en expatriation, je suis rentrée en France. C’est là que j’ai commencé à travailler pour Santé Sud en tant que référente technique genre et violences basées sur le genre.

En parallèle, je travaille aussi pour Bioforce où je donne des cours à des personnes qui souhaitent s’orienter vers le secteur humanitaire. Mes cours se penchent sur la gestion de projets, la construction de partenariats, la localisation de l’aide, etc. Je travaille également avec la Fondation Mukwege, qui se concentre sur les violences sexuelles en zones de conflits. Je les appuie dans leurs projets en Ukraine et en Syrie notamment.

 

Quel est votre rôle à Santé Sud ?

Il y a deux volets dans mon travail à Santé Sud. D’abord, j’ai commencé en appui au projet SentinElles au Maroc et en Tunisie. Il était axé sur l’appui et la prise en charge des survivantes de violences basées sur le genre. Mon appui technique consistait à la fois à identifier les besoins et accompagner les équipes sur le terrain pour l’orientation des activités, mais aussi à proposer des formations sur la prise en charge des survivantes, notamment auprès de nos partenaires et un appui aux équipes locales.

En plus de cet appui technique opérationnel, je m’occupe de l’intégration du genre dans les programmes de Santé Sud. Dernièrement, cela s’est traduit par le développement de notre stratégie genre et l’appui des équipes à l’opérationnalisation de celle-ci.

 

En parlant de la stratégie genre, comment et pourquoi l’avez-vous créée ?

En 2023, il y a eu une réflexion au sein de Santé Sud pour améliorer l’approche genre au sein des interventions de l’organisation. Cela venait d’une volonté d’approfondir la qualité et les pratiques de l’association, en plus des demandes des bailleurs qui encourageaient pour une meilleure intégration du genre. Un premier état des lieux a été fait avec une consultante à l’époque pour identifier les pistes d’amélioration qui pouvaient exister.

Je suis arrivée suite à cela. Mon rôle a été de développer une stratégie pour améliorer l’approche inclusive et équitable des projets de Santé Sud. Pour cela, nous nous sommes fondés sur des ateliers, des entretiens avec les équipes terrain et des réflexions stratégiques avec le siège.

Cette stratégie vise à :

  • Réfléchir aux manières de réduire les inégalités en santé ;
  • Renforcer l’autonomie et la participation des personnes touchées par nos programmes ;
  • Lutter dans nos programmes contre les stéréotypes de genre qui peuvent entraver l’accès à la santé.

Et ce toujours avec l’objectif de Santé Sud d’améliorer l’accès à la santé, le rendre plus juste et équitable pour toutes et tous.

Concrètement, que contient cette stratégie ?

Nous avons voulu développer une stratégie globale, qui s’appuie sur plusieurs outils complémentaires.

D’abord, nous avons créé une politique institutionnelle qui pose les grands principes et les objectifs de ce travail. Elle est accompagnée de 9 fiches techniques pour appuyer la compréhension des concepts clés : le genre, l’intersectionnalité, les violences basées sur le genre, les violences gynéco-obstétricales, les instruments juridiques, etc. Ces fiches doivent permettre aux équipes de se renseigner sur les concepts clés et de mieux comprendre les enjeux liés au genre.

Un plan d’action portant sur la gouvernance de l’association a aussi été réalisé. Il vise à identifier les modalités permettant l’appropriation de cet engagement en matière de genre et sa mise en œuvre opérationnelle à travers différentes actions concrètes (communication, gestion des ressources humaines, etc.).

Avec une autre consultante Agathe Riallan, nous avons également créé une formation pour accompagner les équipes à mieux cerner les enjeux programmatiques liés au genre. Elle a déjà été déployée en Mauritanie et à Madagascar.

Nous avons aussi mis en place un outil de suivi de l’intégration du genre dans les projets. Il aidera les équipes terrain à développer un plan d’action pour chaque projet, pour suivre la manière dont le genre est intégré. Il est composé de toute une liste de questions suivant les étapes de la construction d’un projet (conception, partenariat, mise en œuvre et évaluation). En se posant ces questions, l’objectif est d’engager une réflexion permettant d’évaluer le degré d’intégration du genre, l’adéquation des outils existants et les améliorations à apporter. Cet outil de suivi a été testé à Madagascar sur les projets PluriElles et Bien-Naître. Des plans d’actions ont donc été développés et les équipes les suivent désormais dans la mise en œuvre des projets.

Aujourd’hui, les équipes peuvent aussi me solliciter sur la révision d’outils et de formation ou sur un appui pour des partenaires spécifiques. Je suis là pour les aider si elles ont besoin d’un approfondissement technique ou d’une meilleure compréhension de certains contextes ou activités.

 

Et quelles sont les prochaines étapes pour cette stratégie genre ? 

La priorité maintenant c’est la diffusion et l’appropriation de la stratégie. Il sera également nécessaire de veiller à ce que l’ensemble des équipes ait accès à cet outil et en maîtrise le contenu. En fonction des besoins identifiés, un appui spécifique pourra être mis en place, selon une approche au cas par cas, en lien avec les projets.

 

Un message pour conclure ?

Cette stratégie se veut avant tout un appui pour les équipes dans leurs pratiques, et à vocation à les soutenir dans leur travail quotidien. À Santé Sud, notre travail dans le domaine de la santé nous amène déjà à aborder des enjeux liés au genre, notamment à travers la santé sexuelle et reproductive. Les déterminants de la santé étant profondément influencés par le genre, l’intégration d’une approche genrée permet avant tout de mieux atteindre les personnes les plus vulnérables, celles qui ont le plus besoin d’un accès aux soins. Il ne s’agit donc pas d’ajouter une nouvelle exigence, mais bien d’améliorer la qualité de nos programmes afin de toucher davantage et de manière plus pertinente les publics concernés.

 

Maintenant que vous avez découvert les enjeux liés à cette stratégie genre, n’hésitez pas à aller la lire en cliquant juste ici !

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