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Interview de Maëlle Riaud, sage-femme et référente santé sexuelle et reproductive : « Promouvoir l’accès aux soins sans discrimination, pour toutes et tous, c’est ce qui m’anime. »
Maëlle Riaud est une sage-femme engagée dans l’humanitaire et les projets de développement. Aujourd’hui référente en santé sexuelle et reproductive chez Santé Sud, elle est partie en mission il y a quelques semaines à Madagascar pour rencontrer et appuyer les équipes. Aujourd’hui, elle revient pour nous sur son parcours, cette expérience et les apprentissages qu’elle tire du terrain.
Pouvez-vous vous présenter ?
Je m’appelle Maëlle. Je suis sage-femme de formation, mais surtout humanitaire. À l’époque, je pensais qu’il fallait absolument être soignante pour partir sur le terrain, c’est ce qui m’a poussée à faire des études de sage-femme. Depuis presque 20 ans, j’exerce à l’international, d’abord comme sage-femme, puis en tant que coordinatrice médicale et référente santé siège. Je suis passée par de nombreux pays, majoritairement en Asie et en Afrique, mais aussi un peu en situation d’urgence, notamment en Haïti et en Europe de l’Est.
Qu’est-ce qui vous a décidé à vous engager avec Santé Sud ?
Je me suis positionnée sur un appel à prestation de Santé Sud pour devenir référente en droits et santé sexuels et reproductifs (DSSR) – un sujet qui est au cœur de mon engagement.
J’ai en effet contribué à de nombreux programmes centrés sur les DSSR, auprès des travailleur·euses du sexe, d’usager·ères de drogues, et plus largement de toutes les populations clés – celles qui sont les plus vulnérables, les plus discriminées. J’y appliquais une approche de réduction des risques, à la fois de santé publique et de défense des droits, portée par des notions d’« empowerment », de non-jugement, de « do no harm », etc.

Quel était l’objectif de votre mission à Madagascar ?
La première chose que je veux dire, c’est que lorsqu’on travaille au siège, tant qu’on n’a pas vu le terrain, il est quasiment impossible d’accompagner correctement. Dans toutes mes missions, j’ai appris qu’il faut s’imprégner du contexte, de la langue, des contraintes géographiques, des réalités quotidiennes. Tu peux lire 150 rapports, ça ne remplacera jamais le fait d’être là, de voir, d’écouter. C’est pour ça que c’était essentiel pour moi d’y aller.
Il y avait aussi l’objectif de faire connaissance avec les équipes. À Santé Sud Madagascar, j’ai été marquée par leur niveau d’engagement. C’est très chouette de collaborer avec des personnes aussi investies.
J’ai épaulé l’équipe dans l’appui terrain auprès des sages-femmes communautaires : observer où iels en sont dans leur posture professionnelle, ce qu’iels apportent, leurs besoins en formation (pas forcément théorique, plutôt pratique).
Un autre enjeu s’est rapidement imposé : le VIH. À Madagascar, c’est un sujet majeur, notamment dans la région de Diana où Santé Sud intervient. Nous avons donc réorienté une partie de la mission sous ce prisme : cerner où on en était avec les intrants, les formations, qui pouvait faire quoi, comment organiser les référencements, etc.
Plus globalement, en ce qui concerne les DSSR, nous avons analysé ensemble le continuum de soins pour regarder ce qui avait déjà été fait, ce qu’il restait à renforcer, où on en était sur la contraception, le VIH, la PTME (prévention de la transmission mère‑enfant), etc.
Très concrètement, nous avons visité, avec une sage-femme chargée de mission de Santé Sud et le chef de projet, un cabinet d’accouchement communautaire (CAC) pour échanger avec la sage-femme de ce CAC. Moi, je me plaçais vraiment en back‑up, en soutien de ce qu’iels amenaient déjà, dans une logique de non‑substitution.
Le modèle libéral proposé par les CAC, intégré dans un continuum de soins, est particulièrement intéressant : il s’inscrit pleinement dans un parcours de soins, en lien avec le secteur public. J’ai d’ailleurs échangé avec les professionnel·les de santé de l’hôpital de référence d’Ambanja, notamment pour saisir l’organisation de la prise en charge du VIH sur le territoire.
Je retournerai à Madagascar c’est sûr ! L’équipe de Santé Sud travaille dans deux zones, et je n’en ai vu qu’une pour l’instant : j’étais à Ambanja, au nord du pays. La prochaine fois, j’irai en Analamanga.
Qu’est-ce que cette mission vous a apporté, personnellement et professionnellement ?
D’abord, d’un point de vue assez personnel, j’ai pu découvrir Madagascar et goûter de très bons produits locaux !
Sinon, plus professionnellement, sur chaque visite terrain, il y a un vrai échange. Pour pouvoir transmettre, pour pouvoir essaimer quelque chose, il faut d’abord s’imprégner, observer, comprendre. On construit vraiment les choses ensemble, j’ai beaucoup appris des équipes.
Ce qui m’a frappée, même si je le savais déjà, ce sont les distances. En saison des pluies, c’est encore plus impressionnant. Nous n’avons visité que des cabinets d’accouchement communautaires accessibles et assez proches, et pourtant c’était déjà compliqué : de longues heures de voiture, et pour l’un d’eux, un trajet en pirogue. Cela pose immédiatement la question du référencement et de la gestion des urgences : comment faire quand il faut parfois 12 heures de trajet pour atteindre une structure capable de prendre en charge une complication ?
Cela montre à quel point la médicalisation des zones rurales est cruciale. Plus les équipes peuvent faire sur place, mieux c’est. Mais on ne peut pas tout faire, et ce n’est pas l’objectif non plus. Parfois, il serait indispensable d’acheminer la femme vers un centre de santé de référence…
J’étais dans le nord, à Ambanja. C’est vraiment loin. J’ai mis trois jours pour rentrer chez moi. Cette expérience rappelle concrètement ce que signifient l’isolement, les distances, et les contraintes logistiques dans le quotidien des soignant·es.
Un mot pour conclure ?
Aux équipes, d’abord : elles sont formidables. Elles ont beaucoup d’humour, et ça sauve tout. On travaille tellement mieux quand on peut rire ensemble. Alors sincèrement, un immense merci à elles.
À chaque mission, j’apprends également pour les autres terrains : dans l’échange, dans l’ajustement, dans la manière de ne pas arriver avec une posture de sachant. C’est l’expérience qui forge ça.
Ce que j’aime profondément, c’est faire bouger les lignes. Ça ne marche pas toujours, mais globalement, c’est l’objectif de ma vie.
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